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Les champignons et la radioactivité

 

 

 

 
 

Par Michel RICHARD

 

Agaricus augustus

Si vous réussissez à braver le sombre tableau des interdits et dangers, ou encore …   le lynx, le loup ou l’ours dans les Vosges,  il ne reste plus qu’à vous mettre à table pour déguster votre récolte, après ces quelques recommandations pour la cueillette et la consommation.

Car s’il est vrai que de nombreux mycologues mangent peu ou pas de champignons, certains grands maîtres se sont tout de même laissés tentés par la mycogastronomie, tel Roger Heim déjà cité pour les psilocybes.

Et puis entre les mycologues et les  mycophages, il reste le plus grand nombre d’amateurs, c’est-à-dire ceux qui prennent plaisir à se promener, à découvrir des champignons, les reconnaître et en déguster l’un au l’autre. 

 

Le césium radioactif a imprégné les aliments de nos jardins, herbe dans les prés, humus de nos forêts où s’étend le mycélium de nos champignons préférés.  

Selon l’importance du mycélium de certains champignons et la couche où il se situe, certains champignons ont emmagasiné d’importante quantités de radioactivité.  Avec le temps, celle-ci tend à descendre et à toucher des couches moins superficielles, donc le mycélium d’autres espèces de champignons. 

Pour limiter tout risque sur la santé, il convient de limiter la consommation de champignons, en particulier ceux qui sont susceptibles d’être le plus fortement contaminés (voir liste ci-dessous). 

Rappelons-nous aussi, que les taux peuvent varier en fonction des espèces, mais aussi des lieux de récolte, habitat, altitude,  étant précisé que les taux élevés sur les sommets se rencontrent actuellement au fond de certaine vallée, du fait du ruissellement des eaux de pluie (ex. cas de la vallée de St Amarin, bulletin SMHR n° 14 p. 66 ). 

Les champignons ont la particularité d’extraire et de concentrer le césium 137, dont la période radioactive est de 30 ans. 

Cette radioactivité s’ajoute à celle contenue naturellement dans les champignons (potassium 40, plomb 210) ou encore à celle résultant des nombreux essais nucléaires atmosphériques dans le monde au cours des 50 dernières années.   

Des études entreprises en Ukraine, font état d’échantillons de champignons (dont Suillus variégatus) affichant 120 000 becquerels par kg, soit un chiffre 200 fois supérieur à la limite européenne d’importation (600 bq). En terme de santé, un risque supplémentaire de cancer frappe ces populations. 

En France, la CRII-RAD, a effectué un classement, indiquant la capacité de concentration des différentes espèces, basé sur 900 analyses de champignons prélevés en diverses régions du territoire français, de 1986 à 1997.   

Chaque espèce de champignons possède plusieurs caractéristiques qui vont influer sur sa capacité à concentrer le césium, tel l’habitat (prairie, forêt de feuillus, conifères), son mode de nutrition (symbiotiques, parasites), l’implantation du mycélium (superficiel ou profond), etc... 

Ces analyses ont permis à la CRII-RAD de classer les espèces étudiées en 3 groupes d’espèces contaminées : faiblement, modérément et le plus. 

Comme nous avons pu obtenir l’information, nous allons citer ce classement, toujours à titre d’information ou de curiosité :

 

Espèces faiblement contaminées  (source CRII-RAD) 

(inférieur à 10 becquerels par kilo de matière fraîche) 

Armillaire couleur de miel (Armillaria mellea), (toxique pour certains auteurs),
Coprin chevelu - Coprinus comatus
Coprin noir d’encre - Corpinus atramentarius (toxique en association avec l’alcool),
Rosé des prés ou Agaric champêtre - Agaricus campestris
Champignon de Paris ou Agaric cultivé - Agaricus bisporus
Agaric des forêts ou Psalliote des forêts - Agaricus silvaticus
Agaric à grandes spores - Agaricus macrosporus

 

(inférieur à 60 becquerels par kilo de matière fraîche)

Marasme des Oréades ou faux Mousseron -Marasmius oreades
Morille comestible -Morchella esculenta
Morille conique - Morchella conica
Coulemelle - Macrolepiota procera
Cèpe d’été ou réticulé - Boletus aestivalis

 

Espèces modérément contaminées

(de 65 à 350 becquerels par kilo de matière fraîche)

Lactaire sanguin - Lactarius sanguifluus
Russule charbonnière - Russula cyanoxantha
Bolet orangé - Leccinum aurantiacum
Bolet rude - Leccinum scabrum
Bolet à pied rouge - Boletus erythropus
Bolet tête de nègre - Boletus aereus
Amanite épaisse - Amanita spissa
Clitocybe nébuleux - Clitocybe nébularis
Trompette des morts - Craterellus cornucopioides
Cèpe de Bordeaux - Boletus edulis
Amanite rougissante - Amanita rubescens
Bolet des bouviers - Suillus bovinus

 

(de 400 à 1 000  becquerels par kilo de matière fraîche)

Bolet moucheté - Suillus variégatus
Lactaire délicieux - Lactarius déliciosus
Clitocybe laqué - Laccaria laccata
Russule blanc-ocre - Russula ochroleuca
Girolle ou chanterelle - Cantharellus cibarius

 

Espèces les plus contaminées

(Plus de 1 000  becquerels par kilo de matière fraîche)

Chanterelle jaunissante - Cantharellus lutescens
Pholiote ou Rozite ridée - Rozites caperatus
Pied de mouton - Hydnum repandum
Pied bleu - Lepista nuda
Russule blanc-noir - Russula albonigra
Chanterelle en tube - Cantharellus tubaeformis
Tricholome équestre - Tricholoma flavovirens
Amanite vaginée - Amanita vaginata
Bolet bai - Xerocomus badius
Bolet à chair jaune - Xerocomus chrysenteron
Bolet jaune ou nonette voilée - Suillus luteus
Laqué améthyste - Laccaria amathystea
Petit gris - Tricholoma terreum

 

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